GRHL - HISTOIRE LOCALE DE RIS-ORANGIS

Groupe Rissois d'Histoire Locale. Association "loi 1901"

GRHL - HISTOIRE LOCALE DE RIS-ORANGIS

OCCUPATIONS INDUSTRIELLES QUAI DE LA BORDE 1 : PHÉNYLINE (1872), GUNZBOURG (1884), THENNEVIER (1882)

Georges Vogt (ill. Léon Paillet,1884)
Georges Vogt (ill. Léon Paillet,1884)

La phényline

Ris-Orangis n'échappa pas à la Révolution industrielle et tout commença avec un inventeur, Georges Vogt (1843-1909), qui fut par la suite très célèbre à Sèvres pour son travail sur la céramique et la porcelaine.
En 1870, le jeune chimiste découvrit le bleu de méthyldiphénalyne et décida en 1872 de s'associer à deux autres chimistes Charles Girard (1837-1918) et Georges de Laire (1836-1908) pour créer le 25 mars 1872 la société « La Phényline ».
L'usine s'implante à Ris-Orangis en 1876 sur les lots 19, 20, 21 du cadastre de 1823 dans le but de développer des matières colorantes de synthèse dérivées de la houille.

Cadastre - Implantation de l'usine Phénilyne en 1873. ________________________________________________________

Cadastre - Implantation de l'usine Phénilyne en 1873. ________________________________________________________

Le lot 21 accueille un bâtiment qui a probablement déjà abrité des activités artisanales, comme la plâtrière de Monsieur Poncet en 1860 et une fabrique d'engrais et d'huile plus tard. La plus ancienne représentation (voir l'image ci-dessous en vert) de ce bâtiment déjà existant et toujours en place de nos jours se trouve sur une illustration du pont suspendu Aguado datant de sa construction en 1831. Bien sûr à cette date, il n'y a pas encore la cheminée de grès qui sera élevée à l'arrière de ce bâtiment principal. Mais cette représentation montre l'ancienneté du bâti qui deviendra la chaufferie et la salle des machines des usines successives. Une photo prise vers la fin du XIXe siècle au moment du rachat des lots par l'usine Springer, montre l'état des lieux avant les gros chantiers d'agrandissement.

À gauche : 1831 Le pont suspendu Aguado (détail) qui laisse apparaitre le plus ancien bâtiment qui deviendra la chaufferie des usines successives. À droite : état des lieux avant les gros travaux effectués à la reprise de la zone par l'usine Springer   ________________________________________________________À gauche : 1831 Le pont suspendu Aguado (détail) qui laisse apparaitre le plus ancien bâtiment qui deviendra la chaufferie des usines successives. À droite : état des lieux avant les gros travaux effectués à la reprise de la zone par l'usine Springer   ________________________________________________________

À gauche : 1831 Le pont suspendu Aguado (détail) qui laisse apparaitre le plus ancien bâtiment qui deviendra la chaufferie des usines successives. À droite : état des lieux avant les gros travaux effectués à la reprise de la zone par l'usine Springer ________________________________________________________

Les passionnés de chimie industrielle pourront se reporter au Tome 5 des Rapports de l'Exposition de Vienne de 1873, duquel nous n’extrairont que ce passage qui laisse entrevoir l'intérieur de l'usine :

« La Société la Phényline, à Ris-Orangis, emploie des chaudières cylindriques disposées horizontalement. Ces appareils sont complètement fermés et communiquent avec une colonne en grès qui est remplie de coke imbibé d'acide sulfurique, et dans laquelle les vapeurs nitreuses sont complètement absorbées. Ces vapeurs sont conduites dans la colonne par un appareil aspirateur. [...] »

Au 8 novembre 1875 dans le Bulletin des lois de la République Française n°313, un décret proclamait 73 Cessions de Brevets d'Invention parmi lesquelles trois licences (n°44, n°45, n°46) qui furent accordées pour quinze ans à MM. Charles Girard et Georges de Laire pour l'exploitation de nouveaux procédés dont ils avaient déposé les brevets en juin 1874.

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Malheureusement, l'implantation de l'usine à Ris-Orangis déclencha de telles plaintes de voisinage que les associés durent fermer la fabrique en 1876, à peine quatre ans après sa création. Ce ne furent pas les seules raisons évoquées : la concurrence de l'industrie allemande ou... l'incompétence administrative de Girard. Ce dernier avait d'ailleurs été accusé par un certain Poirrier, manufacturier à Saint-Denis, d'action de détournement de ses employés, mais rien ne put être prouvé (Journal Le XIXe du 9 mars 1889). Et c'est ce même François Alcide Poirrier* qui racheta la société « Phényline » tout au moins une partie des droits du brevet de de Laire déposé en 1874. (Bulletin des lois de la République, 1879). Effectivement, on ne trouve aucune continuité de la société. L'intention de Poirrier aurait été donc simplement de récupérer et d'exploiter les brevets de ses prédécesseurs dans son usine de Saint-Denis. Et peut-être aussi de tenir sa petite vengeance sur Girard.

    * Alcide Poirrier fut aussi Président de la Chambre de Commerce de Paris et Sénateur de la Seine

Ury de Gunzburg

Avant que l'usine ne soit rachetée en 1884 par le baron Hermann Springer, une demande d'occupation d'un dénommé Ury de Gunzburg (Gunzbourg) baron russe, fils de banquier, fut déposée en 1878 auprès de la municipalité afin de développer sur ces lieux une activité de transformation de sulfo-cyanure en cyano-ferrure. La demande fut rejetée par crainte de pollution. En 1879, Gunzbourg contre-attaque en proposant des compromis mais des riverains continuèrent à s'opposer à l'implantation de cette activité. Parmi eux un certain M. Lepaire qui faisait déjà partie des plaignants face à M. Girard de « La Phényline ». Il ne fut statué qu'en 1882 que M. Gunzbourg pouvait s'implanter en respectant certaines règles de transformation. Entretemps, il avait vendu son usine. (Recueil des arrêts du Conseil d'État de 1882)

Cadastre - Implantations années 1880

Cadastre - Implantations années 1880

Thennevier

En 1882 (1879 au cadastre lot 20A et 21A), l'usine devint donc une distillerie de grains. Elle était gérée par Léon Thennevier et Cie. Malheureusement, la société se déclara rapidement en faillite (Archives commerciales de 1884) et l'usine fut mise de nouveau en vente. Elle est rachetée par la Société Springer.
 

Petite annonce parue le 8 avril 1885 dans le journal Le Temps
Petite annonce parue le 8 avril 1885 dans le journal Le Temps

 

Ceci est la plus ancienne photo que nous possédons de l'usine telle qu'elle fut reprise par Hermann Springer.

Ceci est la plus ancienne photo que nous possédons de l'usine telle qu'elle fut reprise par Hermann Springer.

Cette article est le résultat d'un grand nombre de recherches et il pourra être encore complété. Voici les sources supplémentaires qui nous ont permis de retracer l'aventure de cette zone industrielle, avant la reprise par Springer :

 

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